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Les Nouvelles du Futur — Futurons !

Les nouvelles du futur

Fragments de ce qui est à venir et signes avant-coureurs

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Le futur est…une vieille lune

TROP LONG, PAS LE TEMPS

De tous temps nous nous sommes inquiété.e.s de ce que l’avenir nous réservait.
Mais si questionnements et inquiétudes traversent les âges, l’avenir lui change de visage au fil des époques. Écrit d’avance dans l’antiquité, à partir du XVIIIe, le déterminisme scientifique le rend prévisible, après Hiroshima, il se fait incertitude.

Penser l’avenir, c’est penser en incertitude. Comment ? La prospective répond : en mettant l’anticipation au service de l’action. L’avenir est pluriel, c’est un espace de possibles à explorer et sur lequel nous avons la responsabilité d’exercer notre volonté pour choisir les futurs souhaitables vers lesquels orienter nos décisions et actions.

Il est urgent aujourd’hui de nous affranchir de la myopie qui consisterait à ne regarder que vers l’avant du court-terme. Penser l’avenir, c’est penser le temps long et comprendre le passé.

 

C’EST DIMANCHE, APRÈS TOUT !

De tous temps, sous toutes les latitudes, l’humanité s’est inquiétée de ce que l’avenir lui réservait. Elle s’est d’abord employée à décoder les signes que lui envoyait la nature, les messages que lui adressaient les Dieux pour dissiper son angoisse de l’inconnu et guider son action vers une issue heureuse. L’à venir est alors le domaine de la divination. Il est écrit, mais connaissable des seul.e.s élu.e.s et initié.e.s. On va les consulter pour connaître LA réponse aux questions et incertitudes du quotidien et agir en conséquence.
Amour, affaires, santé, conflits, les questions au fond sont restées les mêmes jusqu’à aujourd’hui.
Dans l’antiquité, les grec.que.s faisaient graver les leurs sur des plaques de plomb que les prêtre.sse.s accrochaient aux branches d’un chêne divin : Eumedontas demande à Zeus si oui ou non il doit continuer sa profession ; un père demande pour son fils s’il va grandir sans problème de santé ; quelqu’un demande à Zeus si c’est dans son intérêt d’approcher Eustrata avec l’intention de l’épouser ; un jardinier demande si lui, son bateau et sa marchandise arriveront sains et saufs à Carthage ; le koinon demande à Zeus Naios et à Diona s’il est bon pour sa sécurité de conclure maintenant un traité de sympolitie avec les Molosses…

C’est le balancement de ces plaques dans le vent qui leur répondait par l’intermédiaire des prêtres.sse.s.
Nos espoirs et nos peurs, comme nos questionnements, ont un long passé.

Prenons les machines. Depuis la révolution industrielle, elles sont l’objet de tous les fantasmes. Pour certains, elles sont les instruments de la déshumanisation, du travail et de la société et de la ruine écologique, quand pour d’autres elles sont la promesse d’une vie meilleure.

Où les robots. Dès leur acte de naissance — sous la plume du tchèque Karel Capek, qui invente le terme, en 1920 — les robots, créés à notre image, sont vus comme une présence menaçante, qui après nous avoir bien servi ne tardera pas à se retourner contre nous pour… nous éliminer. Ce qui ne nous empêche pas de les considérer dans le même temps comme des compagnons idéaux pour nos vieux.illes.

Les questionnements, les inquiétudes vis à vis de ce que l’avenir nous réserve sont indissociables de notre être au monde. Et la divination reste un recours pour apaiser notre angoisse de l’inconnu, aujourd’hui comme hier.
Mais avec le développement de la culture scientifique et des sciences, l’avenir lui change. Il n’est plus fatalité à laquelle il faut se soumettre, mais, soumis au principe de causalité, il devient prédictible, calculable.

Dans la vision déterministe du monde qui s’impose progressivement à partir du XVIIIe siècle, tout événement a sa cause et les mêmes causes produisant, dans des conditions identiques, les mêmes effets, il devient donc aisé de prédire un comportement, un phénomène naturel, un événement… jusqu’à l’évolution des sociétés.

Une conception du futur finalement à peine moins simpliste que celles des grecs de l’antiquité, où le futur serait réductible à une équation à résoudre, certes complexe, mais dont la solution ne pourrait longtemps échapper à la soif de comprendre des scientifiques. Après tout, l’humanité ne s’est-elle pas, grâce aux sciences et technologies, rendue maîtresse de la nature ? Jusqu’à dominer l’atome…
Jusqu’à Hiroshima et Nagasaki, qui signent l’horreur absolue d’une guerre qui laisse dans son sillage 60 millions de victimes et un monde en lambeaux. Le sentiment de maîtrise, de domination, l’orgueil de la modernité triomphante laissent place au doute et à l’incertitude. Cette même incertitude qui fait brutalement irruption aujourd’hui dans notre quotidien, où plus rien n’est sûr, sur aucun sujet, que ce soit à titre collectif ou individuel.

Comment peut-on réfléchir, se projeter, gouverner à partir d’incertitudes ? Comment penser l’incertitude ?

Dans l’immédiat après guerre, la prospective propose une réponse. Penser l’avenir c’est explorer les possibles pour éclairer et orienter décisions et actions présentes vers des futurs souhaitables.

L’avenir appartient à trois domaines.

  1. Le premier, la liberté. La prospective rejette le déterminisme et son idée d’avenir unique autant que la divination et son idée d’avenir écrit par avance. Elle s’ouvre à la multiplicité des avenirs, aux « futurs possibles ».
  2. L’avenir est domaine de liberté, il est aussi domaine de volonté. Si l’avenir n’est pas écrit d’avance, s’il est multiple, c’est qu’il est ouvert au choix, sujet à la volonté. Nous avons le pouvoir de choisir, parmi les futurs possibles, un ou plusieurs futurs souhaitables. Dépassé le There Is No Alternative , dépassé le futur tendanciel.
  3. L’avenir est enfin domaine de responsabilité. Il nous appartient d’anticiper, d’explorer les possibles pour choisir les futurs que nous souhaitons et orienter en ce sens nos décisions et actions.

 

Pour Gaston Berger, son principal artisan, la prospective est d’abord une attitude, qui consiste à voir loin, voir large, voir profond, à prendre des risques et à penser à l’homme.

Voir loin — dans un monde qui change à toute vitesse, sans cesse nouveau, il n’est plus possible de continuer à appliquer les règles d’hier, de considérer seulement les résultats des actions en cours. C’est tout simplement la catastrophe assurée. Il nous faut nous libérer du poids du présent, regarder au-delà du court-terme vers le lointain, selon les contextes et les sujets, à dix, quinze, vingt, trente ans… Libérer notre imaginaire des scénarios tendanciels qui ne font qu’extrapoler le présent et négligent l’imprévu.

Voir large — pour décrire d’une manière concrète une situation éloignée dans l’avenir, il faut dépasser les vues étroites des spécialistes pour faire dialoguer chercheur.se.s, spécialistes et praticien.ne.s issu.e.s d’horizons différents. « Il faut que des hommes se rencontrent et non que des chiffres s’additionnent ou se compensent automatiquement ».

Voir profond — pour nous libérer de la simple extrapolation du présent, nous devons dépasser l’apparence première des choses, rechercher les facteurs vraiment déterminants, les forces qui poussent l’humanité, le plus souvent à son insu. Il nous faut nous intéresser à ce qui nous meut, à notre psyché, autant qu’aux mécanismes qui régissent le monde.

Prendre des risques — l’avenir est un pari et tout choix est un risque, mais n’est-il pas plus risqué au fond de ne pas choisir ?

Penser à l’homme — non qu’il soit la mesure de toute chose (bien au contraire, il est essentiel aujourd’hui de faire descendre l’Homme de son piédestal pour le replacer au sein du vivant), mais au bout de chacune de nos décisions et actions, il y a le vivant ,des hommes, des femmes, des organismes et écosystèmes.

 

Enfin, à bien des points de vue, la prospective ressemble à l’histoire… L’une et l’autre portent sur des faits qui, par essence, ne sont jamais donnés : le passé n’est plus (et nous l’interprétons pour le mettre en récit), l’avenir n’est pas encore (et nous l’imaginons)… Passé et futur sont hors de l’existence. La prospective ne peut se passer de l’histoire.
Et s’il est une urgence aujourd’hui, alors que nous faisons l’expérience de l’incertitude à une échelle et à une magnitude que nous ne connaissions plus depuis des décennies, c’est bien de sortir du court-termisme et des scénarios linéaires et tendanciels pour embrasser le temps long, celui où histoire et imaginaire se rencontrent et dialoguent pour dessiner des possibles souhaitables.

À dimanche prochain pour de nouvelles Nouvelles du Futur !
Annabel pour Futurons !

C'est à vous !

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